Vladimir Maïakovski

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Vladimir Maïakovski

Message  Llew le Jeu 21 Juil - 18:52

(source POEZIBAO : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/11/vladimir_maakov.html)

Vladimir Vladimirovitch Maïakovski est né le 7 juillet 1893. Il est mort à 37 ans le 14 avril 1930, en se tirant une balle dans la poitrine

Son père était garde forestier en Géorgie et à sa mort, la mère et ses trois enfants partent pour Moscou où ils vivent dans la plus grande misère. Maïakovski entre aux Beaux-Arts en 1910. Il se rapproche des futuristes et devient une des figures de la bohème moscovite. Il adhère au Parti ouvrier social-démocrate de Russie (bolchevik). Il commence à écrire de la poésie. Extraordinairement doué, il est "capable de composer mentalement un poème de 1500 vers" mais il est aussi "agitateur et propagandiste, directeur de revues, dessinateur d'affiches, auteur de théâtre, scénariste, acteur, conférencier, organisateur d'expositions. Il sera aussi l'ami de Khlebnikov, Pasternak, Roman Jakobson, Malevitch, Eisenstein, etc.
En 1913 il rencontre Elsa Kagan (future Elsa Triolet) qui devient sa maîtresse alors qu'elle n'a que 17 ans. Mais surtout en 1915, il rencontre la sœur aînée d'Elsa, Lili Brik dont il tombe éperdument amoureux. Lili Brik va épouser Ossip Maximovitch ce qui n'empêchera pas la liaison de Lili et de Maïakovski de continuer. Amour tumultueux qui finira pas se rompre en 1924. En 1925 Maïakovski part pour le Mexique et les États Unis où il rencontre une émigrée russe dont il aura une fille. Nouvelles amours, toutes douloureuses et dont le dernier avec Veronika Vitoldovana s'achève par le suicide du poète. Suicide dont les causes restent cependant controversées. Il s'avère en fait que les "causes sont multiples et inscrites dans l'histoire de l'URSS". Il était "déprimé par les manœuvres de ses adversaires dans les allées du pouvoir et par les inconstances de ses affections féminines".

Je me suis appuyée largement pour rédiger cette note biographique sur celle qui est parue dans le tout nouveau recueil Vladimir Maïakovksy, A pleine voix, Anthologie poétique 1915-1930, tout récemment parue dans la collection Poésie/Gallimard.

>Extraits de la bibliographie
•en russe
Oeuvres complètes, 13 vol. Moscou, 1955-1961
Maïakovki/L.Yu.Brik, Correspondance 1915-1930, Stockholm, 1982

•en français
Vers et proses, choisis, traduits et commentés par Elsa Triolet, Éditeurs français réunis, 1957
Maïakovski inconnu, poèmes divers, P.-J. Oswald, 1958
Lettres à Lili Brik (1917-1930), traduites par André Robel, Gallimard 1969, " Du monde entier ", 1986 / " L'imaginaire ", 1999..
Poèmes, traduits et annotés par Christian David, Le Champ du Possible, 2 vol. 1977
Poèmes, traduits et présentés par Claude Frioux, édition bilingue, Messidor, vol. 1, 1984, vol. 2, 1985, vol. 3, 1986, vol. 4, 1987
Comment ça va ?, Au secours !, éd. et trad. Régis Gayraud, ill. Macha Poynder, Sauve, C. Hiver, 1988.
Du monde j'ai fait le tour, poèmes et proses, traduits et présentés par Claude Frioux, La Quinzaine Littéraire/Louis Vuitton, 1997
Maiakovski Vladimir : anthologie, trad. Claude Frioux, Paris, présentation Christophe Marchand Kiss, Textuel, 1997, " L'œil du poète ", 2004, nouv. éd.
Le nuage en pantalon [1915], trad. Charles Dobzynski, Pantin, Temps des cerises / Trois-Rivières, Écrits des forges, 1998 [bilingue] - [épuisé].
Le nuage en pantalon : tétraptique, trad. Vladimir Berelowitch, Paris, Mille et une nuits, " La petite collection ", 1998.
Nuage en pantalon, suivi de Écoutez ! : une viole un peu nerveuse, et de Flûte en colonne vertébrale, L'Isle-Adam, Saint-Mont, 2001.
L'universel reportage, éd., trad. et prés., notes Henri Deluy, photomontages Frédéric Deluy, Tours, Farrago, 2001.
Théâtre, trad. Michel Wassiltchikov, Paris, Grasset, " Les cahiers rouges ", 2003, nouv. éd. [Vladimir Maïakovski, La punaise, Le mistère-bouffe, La grande lessive].
Le petit cheval de feu [1927], trad. Odile Belkeddar, ill. Flavio Costantini, Paris, Éd. Des Lires, 2003 [bilingue].
A pleine voix, anthologie poétique 1915-1930, préface de Claude Frioux, traduction de Christian David, Poésie/Gallimard n° 414, 2005.
Écoutez : si on allume les étoiles..., poésies choisies et traduites par Simone Pirez, Francis Combes, Pantin, Temps des cerises, 2005.


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Re: Vladimir Maïakovski

Message  Llew le Jeu 21 Juil - 18:53

On gueule au poète:

“On voudrait t’y voir, toi, devant un tour ! C’est quoi, les vers ?
Du verbiage ! Mais question travail, des clous !”
Peut-être bien
en tout cas le travail c’est ce qu’il y a de plus proche de notre activité.
Moi aussi je suis une fabrique. Sans cheminée peut être mais sans cheminée c’est plus dur.
Je sais, vous n’aimez pas les phrases creuses.
Débiter du chêne, ça, c’est du travail.
Mais nous ne sommes-nous pas aussi des menuisiers ?
Nous façonnons le chêne de la tête humaine.
Bien sûr, pêcher est chose respectable.
Jeter ses filets et dans ses filets, attraper un esturgeon !
D’autant plus respectacle est le travail du poète qui pêche non pas des poissons mais des gens vivants.
Dans la chaleur des hauts-fourneaux chauffer le métal incandescent c’est un énorme travail !
Mais qui pourrait nous traiter de fainéants ?
Avec la râpe de la langue, nous polissons les cerveaux.
Qui vaut le plus ? Le poète ou le technicien
qui mène les gens vers les biens matériels ?
Tous les deux.
Les coeurs sont comme des moteurs,
l’âme, un subtil moteur à explosion.
Nous sommes égaux.
camarades, dans la masse des travailleurs,
prolétaires du corps et de l’esprit.
Ensemble seulement
nous pourrons embellir l’univers,
le faire aller plus vite, grâce à nos marches.
Contre les tempêtes verbales bâtissons une digue.
Au boulot !
La tâche est neuve et vive.
Au moulin
les creux orateurs !
Au meunier !
Qu’avec l’eau de leurs discours
ils fassent tourner les meules !

Vladimir Maïakovski

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Re: Vladimir Maïakovski

Message  Llew le Ven 22 Juil - 8:25

Maïakovski,

le phare qui était un poète



Avant même d’avoir mis « le point final d’une balle » à sa propre fin, Vladimir Maïakovski avait sauté dans la légende. Pendant la période soviétique, lui qui ne voulait pas de statue pour monument posthume mais un feu d’artifice, a souvent été statufié, figé dans la pose du « poète de la révolution », alors qu’était laissé dans l’ombre (et parfois censuré) ce qui chez lui débordait du cadre de l’époque. Staline n’avait-il pas écrit « Maïakovski est le meilleur et le plus talentueux poète de l’époque soviétique. L’indifférence à sa mémoire est un crime » ? Maïakovski est ainsi devenu un « classique »… Certains de ses poèmes étaient connus de tous et enseignés aux enfants. Je me souviens avoir vu, dans le cimetière de Novodievitchi, des foulards de pionniers posés sur sa tombe… Son appartement avait été transformé en musée et (à côté de manuscrits, de dessins, d’éditions originales) une salle était consacrée aux « continuateurs de Maïakovski », sculpteurs, peintres et écrivains dont le naturalisme plat et pompier (abusivement qualifié de « réalisme socialiste ») aurait certainement mis Maïakovski en fureur…

Dans la Russie d’aujourd’hui, celle de la restauration du capitalisme, de la « liberté retrouvée » des mafias et des enfants qui dorment dans la rue et respirent de la colle, Maïakovski n’est plus en odeur de sainteté… On y préfère les poètes symbolistes et acméîstes, parfois talentueux mais plus sages, et issus de la bonne société russe.

Mais il n’est au pouvoir de personne de rayer d’un trait de plume qu’il fut et reste l’un des poètes majeurs du XXème siècle. Pour lui, la révolution ne s’arrêtait pas à la prise du pouvoir politique ni à la collectivisation de l’économie. Elle devait permettre de transformer la vie quotidienne, la vie tout entière, l’amour et l’art y compris. Poète de la révolution, il a révolutionné la poésie en la libérant du cadre trop étroit des anciennes conventions. Et pas seulement la poésie russe.

Une bonne partie de la poésie mondiale n’aurait pas le visage qu’elle a s’il n’y avait pas eu Maïakovski. (Je pense par exemple à son influence sur Nazim Hikmet, ou sur les poètes américains de la beat generation).

Il a (comme après lui Prévert) fait entrer dans le poème le langage de la rue, les mots du peuple et les tournures familières, sans que le poème sombre pour autant dans la platitude banale des conversations de table.

Il a libéré le vers. Un peu comme Victor Hugo avait « mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire », et introduit le langage de la vie dans le vieil alexandrin, Maïakovski, avec son fameux « vers en escalier », libère la parole poétique et lui permet d’épouser le rythme du discours, le souffle de l’individu, qu’il murmure une confession ou qu’il clame son idéal, par-dessus la tête des siècles.

Il a enfin élargi la sphère du lyrisme. Avec lui, l’amour individuel prend la dimension d’un combat planétaire.

(…)

Pour Maïakovski, la révolution ne prend tout son sens que si elle permet aux hommes de s’arracher aux mesquineries de la vie petite bourgeoise, au papier peint du confort domestique, de se hisser au niveau d’un amour vraiment internationaliste, planétaire, de s’agrandir l’âme et le cœur aux dimensions de l’univers, de tenir tête à Dieu, de conjurer la mort, de discuter à tu et à toi avec le soleil, les étoiles, les siècles futurs… Le projet spirituel du communisme, celui de la transformation de l’homme par lui-même, il le prend au sérieux. Maïakovski, c’est, sur le mode de l’hyperbole poétique, la présence de l’utopie prométhéenne dans la révolution, dont elle est à la fois le cœur et la critique « de gauche ». Cela l’a évidemment amené à se heurter à beaucoup, parmi les bureaucrates, mais aussi parmi les esthètes de divers bord qui voulaient revenir à « l’art ».

Quitte à décevoir les interprétations simplistes de son suicide, lui qui était très critique envers la NEP, se sent plutôt en accord avec le nouveau cours impulsé par Staline, la collectivisation et les plans quinquennaux qui lui donne (à lui comme à des millions de Soviétiques) le sentiment que la marche en avant vers le socialisme a repris. (Même si on sait aujourd’hui le coût humain, notamment dans les campagnes, qu’a entraîné le volontarisme stalinien). Répondant à l’appel du parti qui souhaite l’union de tous ses partisans, il décide de rejoindre les écrivains prolétariens.

Mais la dernière période de sa vie est aussi marquée par des déconvenues professionnelles (la cabale des jaloux et des médiocres, l’échec de l’exposition qu’il avait organisée pour le jubilé de son œuvre), et des déceptions sentimentales (avec Tatiana Iakovleva, une émigrée qui a finalement choisi d’épouser un diplomate français) ou avec l’actrice Veronica Polonskaïa. Lili n’est pas là non plus pour s’occuper de sa grande carcasse d’ours en mal d’amour et l’arracher à sa dépression chronique. Lui qui a si souvent évoqué dans ses poèmes l’idée du suicide, et qui (dans un poème célèbre) a interpellé le suicide d’un autre grand poète, Sergueï Essenine, se tire une balle dans le cœur, le 14 avril 1930.

Comme pour prévenir les interprétations malveillantes qui ne manqueront pas, il écrit une dernière lettre : « À tous !… Je meurs, n’en accusez personne. Et pas de cancans. Le défunt avait ça en horreur… La barque de l’amour s’est brisée contre l’écueil de la vie quotidienne ».



Nous reste sa poésie. Dans le même temps qu’il se jetait dans la mêlée quotidienne, Maïakovski a construit une œuvre épique et lyrique considérable, à travers la série des grands poèmes (qui ont été portés à la connaissance du public français d’abord par un choix malheureusement introuvable d’Elsa Triolet, puis par le travail énorme de Claude Frioux) : Du Nuage en pantalon en 1915) à À pleine voix (1930) reproduit ici, en passant par la Flûte des vertèbres, la Guerre et l’Univers, J’aime, La Quatrième internationale, la Cinquième internationale, Vladimir Ilitch Lénine, Le Prolétaire volant, Ca va bien…

L’œuvre la plus ambitieuse et la plus aboutie est peut-être son grand poème Pro Eto (« De ceci », selon la traduction d’Elsa Triolet, ou « Sur ça », selon celle de Claude Frioux). Ce formidable poème-roman est le résultat d’une crise dans sa relation avec Lili Brik. Le « ça » dont il est question ici, c’est évidemment l’amour, aux prises avec les mesquineries de la vie quotidienne, le risque de s’endormir dans le confort petit bourgeois et les mondanités de la vie littéraire post-révolutionnaire. Se mêle dans ce poème le sentiment tragique de l’amour passion, hanté par la jalousie, en même temps que la chronique de la révolution au temps de la NEP, le risque de l’enlisement, l’appel moral et pathétique à transformer l’homme de l’intérieur. Comme toujours, Maïakovski utilise directement dans son poème des éléments biographiques précis, les lieux réels, les noms véritables des personnes concernées, jusqu’à leur numéro de téléphone… (Conformément à l’exigence de vérité factuelle des artistes du LEF). Mais le tout est sublimé, emporté par un immense montage métaphorique, le poète dépassant la relation des faits pour manœuvrer allégrement et à haut régime dans la fiction. Le poète se change en ours, l’eau de ses pleurs envahit la chambre, il est emporté par le fleuve et dérive sur un oreiller-glaçon, dans un pays peut-être baptisé « Amour-land », où il retrouve, accroché par ses propres vers à un pont, celui qu’il était sept ans plus tôt et qui, dans le poème L’Homme, s’apprêtait à se jeter dans la Neva.

La forme est formidable. Le poème brasse tout. Le thème individuel comme le thème collectif. Le présent, comme le passé et le futur. Le réalisme le plus précis et l’imagination la plus délirante. S’il est un langage artistique qu’annonce et rejoint Maïakovski dans ses poèmes, plus encore que le cinéma d’Eisenstein et ses montages, c’est le dessin animé où tout est possible. Ce côté visuel et plastique, ce mélange de dramatisme le plus élevé et d’humour, voire de gouaille populaire ne sont sans doute pas pour rien dans l’écho de la poésie de Maïakovski.

Quant au fond, ce poème témoigne, comme beaucoup d’autres, de la « tragédie-Maïakovski ». Celle-ci tient à la contradiction pour lui difficilement supportable entre le romantisme révolutionnaire et la médiocrité de la vie réelle, entre le rêve de l’homme nouveau et la petitesse de l’humanité réelle. En fait, cette tragédie n’est pas propre à Maïakovski. C’est aussi d’une certaine façon celle de la révolution d’octobre. Comme le note avec perspicacité un penseur marxiste actuel*, toutes les grandes révolutions s’assignent des objectifs qui les dépassent. Ce qui explique d’ailleurs que par delà leurs échecs, elles continuent à paraître porteuses d’une lumière. La Révolution française ne fut pas qu’une révolution bourgeoise ; elle a aussi proclamé des principes universels : liberté, égalité, fraternité, dont on sait qu’ils étaient loin d’être réalisables dans les conditions de l’époque. La conscience de cette tragédie, le désaccord entre l’idéal et le réel, explique l’attitude de Robespierre, refusant de faire appel aux sans-culottes pour échapper à son destin. De même, la Révolution d’octobre voulait en finir avec l’exploitation, l’aliénation, la guerre et le chauvinisme en donnant le pouvoir aux soviets et en proclamant l’unité des « prolétaires de tous les pays » et de tous les « peuples opprimés ». Mais, s’étant produite dans un pays économiquement retardataire, elle a dû affronter des tâches historiques qui sont habituellement celles du capitalisme : développer l’industrie, réaliser « l’accumulation primitive », édifier « les bases matérielles », construire un État, former des producteurs… D’où une contradiction (qui explique largement les contraintes imposées aux libertés individuelles, par ce « forceps » de l’histoire) dont on connaît les conséquences et les effets jusqu’à nous.

Maïakovski est la victime et le héros de cette tragédie. Il s’est consacré à la révolution mais la révolution l’a haussé à un autre niveau.

Maïakovski, (dont le nom vient du mot russe pour phare, « maïak »), dans son rêve nous apparaît, au bout de ses deux jambes interminables, comme planté, solidement, sur le roc du futur, battu par les flots de la vie réelle et balayant la nuit des siècles, autour de lui, à grands coups de projecteur, de sa poésie visionnaire.

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Re: Vladimir Maïakovski

Message  Llew le Lun 25 Juil - 14:36

Source


La barque de l'amour s'est brisée contre la vie courante. Comme on dit, l'incident est clos .

Un halo ambigu entoure la mémoire de Vladimir Maïakovski. Il est fait autant de détestation que de vénération.
Artiste stalinien avant l’heure ? Génial héraut d’un monde en révolution ?
Son suicide dramatique a plus fait pour sa reconnaissance que sa poésie dont une partie importante est aujourd’hui illisible, car polluée par les convulsions de l’histoire qui a rendu des jugements sans nuance, soit le sanctifiant, soit le maudissant.
Lui, l’immense provocateur, le démiurge du verbe, aura tellement fait pour cela qu’en retour, la gifle du temps l’aura atteint.
Sa grande gueule dévastatrice a séduit puis repoussé. Ogre des sentiments et des idées, il aura dévoré les autres avant que de s‘autodétruire.
Ce taureau furieux aura traîné son propre corps dans l’arène. Physique de bûcheron, âme de cosaque, il aura élagué la poésie russe à grands coups de hache. Pour lui tout devait être porté à l’incandescence, à la brûlure la plus vive. Il concevait le poème comme un fleuve, comme une fonderie d’acier.
« Comment osez-vous vous prétendre poète et gazouiller gentiment comme un pinson ? Alors qu’aujourd’hui il faut s’armer d’un casse-tête pour fendre le crâne du monde ! »

Le rythme, le rythme avant tout ! Et au diable les images et les pâmoisons poétiques.
« Un poète doit développer son propre rythme… Le rythme magnétise et électrise la poésie ; chaque poète doit trouver le sien ou les siens. »
Il aura foutu un sacré bordel dans les lettres russes, barbare violeur de langue. Il aura établi un immense vide-grenier des sentiments.
Après le passage d’un tel ouragan que reste-t-il ?

Il reste pour nous l’amant tragique de l’amour et de la Révolution, aussi malheureux avec l’un comme avec l’autre. Personnage central du Bal des Ardents de la poésie, ses cendres fument encore maintenant. Chantre des opprimés, crieur lyrique des rues, militant exalté, il demeure le Tribun, l’aboyeur de la Révolution. Il en suit pas à pas, anecdote après anecdote le déroulement. Politique jusqu’aux os, il tient un journal de bord outrancier et frénétique du quotidien du bolchevisme.

« La parole
est à vous
camarade mauser,
Maïakovski, Marche gauche, 1918 »


Il va sillonner toute l’URSS pour tenir meeting poétique et politique. De sa voix de stentor, il enflamme les foules. Son impact physique est intense, sa taille, son magnétisme, tout cela électrise les auditoires. Bien sûr la poésie dite ainsi doit être incantatoire et oratoire. Il le fut. Il se voudra le simple écho grondant de la rue au risque du simplisme. Lui qui aime se mettre en scène sait aussi devenir un simple et furieux militant de base.
Réaliser cette éruption incandescente par le seul truchement du verbe et de la poésie n’était possible qu’en Russie. Cette nation a toujours entretenu une mystique adorante envers ses poètes et ses fous.

Dans ce temps en gésine, prêt aux enfantements d’un autre monde et habitué à la douleur, bien des messies se seront levés, un seul se sera autoproclamé : Vladimir Maïakovski.
Et le géant Maïakovski sera le plus bavard, le plus tonitruant. Le plus sincère sans doute, malgré ses retournements spectaculaires. Il était un torrent de lave en fusion, il cherchait une cause à habiter, un univers à dynamiter. Cela aurait pu être une religion, une guerre. Non il lui fallait couler la force de sa parole dans une harangue au monde.
Cela sera Lénine, plutôt que le Christ ou autre chose. Il ne pouvait que vaticiner debout, comme un prophète totalement enivré de ses mots, et son évangile était lui-même. La Révolution russe ne servira que de cadre à ses propos incendiaires.

Lui qui venait de l’esthétisme le plus complexe, il enfourchera le cheval furieux du futurisme, puis la machine folle du communisme. Il emportait tout sur son passage comme un torrent en crue. Il était porteur des nuées dans son ventre et dans sa gorge. Ce trop plein de vie, d’ouragan, il lui fallait l’incarner dans une religion de l’homme. Il le fit puis cessa d’y croire.
Il connaissait son charisme digne de Raspoutine, et tous s’inclinaient devant lui. Blok l’avait remarqué, Pasternak lui était soumis.
« Il était tout entier dans chacune de ses apparitions » constatera-t-il fasciné.
Maïakovski ne se sentait bien qu’au milieu des foules qu’il subjuguait et dominait. Il se refermait sur des valeurs préfabriquées dans un nationalisme béat. Contre « ce cirque capitaliste » qui lui suffisait à expliquer les malheurs du monde, il luttera, il gueulera, il maudira, pour faire advenir le règne de l’amour possible et de la fraternité.
Il y a un parfum de guerre civile dans sa poésie. Guerre à l’extérieur certainement, mais guerre que Maïakovski porte contre aussi contre le verbe conformiste autour de lui. Il était partisan de « la Gifle au goût public ». Et il vaticine :

« Votre pensée/Rêvant dans votre cerveau ramolli/Comme un laquais repu se vautre au gras du lit/Je la taquinerai sur un morceau de cœur sanglant/J’en rirai de tout mon saoul, insolent et cinglant ».

Traces d’une comète nommée Maïakovski

Sa vie sera celle d’une comète laissant une traînée de feu derrière lui. Et le valeureux Prométhée se cassera en morceaux devant une petite poupée perverse.
Le fait de naître lui aussi géorgien, comme Staline, le 7 juillet 1893 à Bagdadi, ne lui aura pas porté bonheur. Son père était garde forestier. Poussée par la misère sa famille va s’installer à Moscou, cette ville de Moscou qui le possède dans un rapport amour-haine (« Moscou m’étouffait en m’étreignant »). Il militera dès 1908 dans les noyaux bolcheviques, fera de la prison dès 16 ans pour propagande sociale-démocrate !
Vladimir se lancera aussi à corps perdu dans le futurisme et, iconoclaste, rejettera toute forme ancienne se grisant d’avant-gardisme outrancier. Il se voudra moderne et moderniste, possédé par le verbe et provocateur.
À vingt ans, il publie son premier recueil de poèmes : « Moi ! » et faisait représenter sa première pièce « Vladimir Maïakovski » à Petersbourg. Cet ego impudique se mêle à la volonté de parler pour ceux qui n’ont pas la parole. Sa vie se fera à corps perdu.
En 1914, sa rencontre avec Lili Brik, grâce à la sœur Elsa Triolet, bouleverse totalement sa vie et sera sa perte et sa raison de vivre.


Il l’aimera d’une passion aveugle et deviendra sa chose. Cet amour « ardent, tortueux, passionné et abrasif » sera sa révélation et son abîme. Lili ne le lâchera plus et sera de toutes les aventures, du futurisme au poète officiel.
Son génie sera alors bien canalisé dans l’idéologie des soviets. Il en sera le chantre et deviendra le héros christique de la jeunesse. Il ne faisait pas dans la nuance ni dans la compréhension des autres. Son attitude envers Tsvétaéva sera odieuse. Possessif en tout il ne pouvait s’apitoyer sur rien.
Sa lucidité tardive l’opposera vers la fin à la critique officielle (« Je joue des coudes à travers la bureaucratie, les haines, les paperasses et la stupidité »). Ses pièces seront cinglantes (« la Punaise » 1920, et « les Bains » 1929). Mais c’était bien trop tard. Déjà il servait d’alibi et l’on avait trop besoin de lui pour l’exclure ou le déporter comme tant d’autres. Et lui ne pouvait renier toute une vie. Momifié tel qui l'était par le régime, ses ruades n’avaient plus aucune importance.

D’autant plus qu’en 1924 paraît son ode à Lénine. Et Lili tenait la laisse malgré la rupture en 1925 et rassurait le pouvoir sur le comportement de « son génie ». Sa vision très simplifiée du monde lui laissait croire que l’amour ne pouvait n’être que malheureux dans un univers ploutocrate dominé par l’argent. Pris dans les redoutables filets des sœurs Brik, Lili et Elsa, expertes en manipulation des sentiments. il n’appliquera pas hélas ce principe à lui-même. Toutes deux furent ses maîtresses et les âmes damnées et diablesses du KGB. Lili épousera d’ailleurs, (comme récompense ?), un général du KGB en 1943.
Ainsi à Paris ou New York, quand il aura tenté de s’échapper du carcan et sera tombé amoureux d’autres femmes (Elly Jones ou une autre belle dame, l’actrice Veronika Polonskaya), les pressions le ramènent à son chemin de croix. Il tombe peu à peu en disgrâce et la suite est connue. L’ère de Jdanov était bien en place. À un ami rencontré à Nice il a ce mot atroce « Moi je rentre en Russie car je ne suis plus un poète, je suis devenu un clerc de notaire de la Révolution ».
Désabusé il va errer, se battant encore pour sa revue, « Lef ».

De plus en plus je me demande
s’il ne serait pas mieux
que je me mette d’une balle
un point final. (La flûte des vertèbres)

Cela fut fait par ses soins en se suicidant d’un coup de revolver en plein cœur, le 14 avril 1930 à dix heures et quart, à l’âge de 37 ans : « La barque de l’amour s’est brisée contre la vie courante. Comme on dit, l’incident est clos... ».
Ses derniers mots sont : « Soyez heureux ». Et aussi « Lili aime moi »
Funérailles nationales, cercueil tapissé d’étoffe rouge, souliers solides et résistants aux semelles ferrées au pied, costume foncé enfin bien mis, fleurs à foison, foule en délire, sanctification par Staline en1935 comme le « poète de la Révolution », ne changeront rien à l’incompréhension profonde entre le poète et le monde.
Ce monde qui n’aura vu dans ses textes que des marches et des chansons pour entraîner les bataillons de la République dans les attaques des guerres civiles.
Il avait imprudemment écrit :
Où que je meure
je mourrai en chantant,
dans quelque bouge que je tombe,
je sais je suis digne de reposer
avec ceux qui reposent sous le drapeau rouge.
Le drapeau rouge lui est rentré dans la gorge.
Ce suicide, qui aura retenti comme un coup de pistolet dans une salle de concert, a quelques explications.
Maïakovski faisait simplement un constat de faillite :
- embourgeoisement total de la révolution d’octobre et faillite de l’art révolutionnaire
- persécution tatillonne par le pouvoir triomphant des fonctionnaires imbéciles
- perte de son pouvoir d’orateur car devenu aphone il ne pouvait plus brandir le verbe de la déclamation
- trahison constante de Lili
- solitude et perte d’inspiration
- le peuple pour lequel il voulait écrire s’est détourné de lui
- doutes sur tout : l’avenir, la modernité, l’art, l’amour, la révolution,…
- attirance pour la mort violente

Maïakovski et ses utopies



Art, révolution et donc l’amour seront au centre de sa vie. Et bateau ivre il ira à la mer, éclaté, désespéré.
À la question insoluble : « L’amour va-t-il ou pas naître ? », il n’aura pour réponse que la disparition.
Lui le double mètre, (il faisait plus de deux mètres), qui toisait le monde de façon goguenarde, se fera tout petit devant une poupée perverse, espionne et traîtresse de surcroît.

Lui le superbe qui s’écriait :
« À mon puissant verbe le monde
Est tremblant.
je suis superbe… » (Le nuage en pantalon), la vie et la perversion de la Révolution lui rabattront le caquet.
Pourtant il aura bagarré contre les Philistins, les cerveaux ramollis. Il aura chassé les marchands du Temple mais pas du Kremlin.
Prodigieux orateur, lecteur enflammé en public, il est tout entier oralité. Sa poésie ne peut être jugée que lue à voix haute.
Certes une grande partie de ses vers peut paraitre ridicule, ou du moins pénibles, à lire aujourd’hui que la tourmente de l'urgence est retombée, images du réalisme socialiste triomphant, (« Lénine », « Ça Va », « 150 000 000 » et tant d’autres). Mais sa poésie amoureuse tient toujours le coup.
Il se voulait rebelle, il sera exploité comme fonctionnaire du bolchevisme. Il se voulait barbare, les fonctionnaires des lettres ne le supportaient pas. Au point que son suicide allait soulever bien des questions. Il faut tout pardonner à quelqu’un qui a écrit cela :
Minuit accourant un couteau à la main
a rattrapé
a égorgé
la douzième heure
dehors. (Le nuage en Pantalon).

Sa langue cinglante, directe est plus facile à traduire que Tsvétaéva, Blok ou autres. Aussi ses soi-disant camarades ont vite inondé l’Occident de ses textes choisis. Jusqu’à l’écœurement hélas.

Maïakovski demeure :

« Je suis là où se trouve la douleur
à chaque larme qui s’enfuit
sur ma croix je me crucifie » (Le nuage en Pantalon).
Il aura douté, voulant fuir « le pain rassis des caresses d’hier » et « le cadavre des rues lynché par le pavé ». Lui « l’archange au pas de fonte » aura trébuché devant la désillusion amoureuse et la perte de foi révolutionnaire
« Au-dessus de tout je place le néant » (Le nuage en pantalon). C’est le néant qui deviendra son tout.

Papillon fou il se sera cogné à toutes les fausses lampes des idéologies et des amours.
« L ‘univers dort
l’oreille énorme posée
sur sa patte nuitée d’étoiles » (Le nuage en Pantalon).
Vladimir Maïakovski est lui aussi un naufragé des mots et des choses.
Proclamé, même avant d’avoir véritablement écrit, génie et nouvel astre des lettres russes, il prend au sérieux son élection parmi les hommes. Il aura le mépris facile et il attendra que « la terre entière se convulse de désir » devant lui.
Ce mélange d’orgueil fou, de mégalomanie, mais aussi le trop plein de failles intérieures profondes conduira à la trajectoire heurtée et à la chute de cet astre noir.


Maïakovski maintenant


Maïakovski reste écartelé dans notre mémoire pour d’une part avoir été embaumé dans son rôle de poète officiel de Lénine. Mais aussi d’autre part pour avoir été un jour ce souffle immense et cette générosité. Il aura apostrophé le monde. Poète ou orateur, sans doute les deux, il pouvait imaginer 1500 vers dans sa tête d’un seul coup et les jeter en pâture à la foule. Cette folle tentative de vouloir inventer un langage d’avant-garde pour exalter l’aube d’une révolution, et de continuer malgré le carcan de la propagande politique, aura été une aventure étonnante dans le siècle précédent.

Habité par sa lutte contre l’injustice Maïakovski sera un poète de l’utopie, du progrès à tout prix. Il aura brisé la langue russe pour la remodeler à son souffle. Du futurisme au culte prolétarien il a secoué le verbe, aura déconstruit la poésie. Il a introduit le langage de la rue, le langage quotidien dans la vie même. Mais échec amoureux et échec politique seront au bout du chemin. Les statues et les rues en son nom aussi :
« Je me fiche/des tonnes de bronze, je me fiche/du marbre glaireux. Avec la gloire nous ferons nos comptes, nous sommes gens de connaissance. »

Sa poésie essentiellement sonore supporte mal la lecture papier, et des pans entiers sont illisibles. Sa poésie de l’avenir semble appartenir au passé. Certains en disant le nom de Vladimir Vladimirovitch Maïakovski, (Volodia pour ceux qui l’aimaient), voient une marée de drapeaux rouges s’agiter sous leurs yeux. D’autres se mesurent à ses textes et sans l’auréole de la légende, la magie sonore du verbe ne joue plus et sa poésie semble parfois emphatique et creuse.
Il semble rester une légende qui s’estompe. L’incident Maïakovski n’est pas clos, et nous ne sommes toujours pas quitte envers lui, et nous ne sommes pas plus heureux.

Cheval ne pleure pas,
écoute-moi
pourquoi penses-tu être pire que nous
cheval chéri,
nous sommes tous un morceau de cheval
tous un cheval en devenir. Lecture de 1929.


Gil Pressnitzer

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Re: Vladimir Maïakovski

Message  Llew le Lun 25 Juil - 14:37

Choix de textes

Quelques poèmes
Au moment d’illustrer par quelques textes sa force tellurique, peu d’exemples viennent, car comment capter un fleuve charriant autant de boue que de diamants ?
En voici un tout petit exemple glané dans les quelques traductions existantes

****
Mais peut être
Ne reste-t-il
Au temps caméléon
Plus de couleurs ?
Encore un sursaut
Et il retombera,
Sans souffle et rigide.
Peut - être,
Enivrée de fumées et de combats,
La terre ne relèvera-t-elle jamais la tête ?
Peut être,
Un jour ou l'autre,
Le marais des pensées se fera cristal
Un jour ou l'autre,
La terre verra le pourpre qui jaillit des corps,
Au-dessus des cheveux cabrés d'épouvante
Elle tordra ses bras, gémissante

Peut être...

Écoutez !
Puisqu'on allume les étoiles,
c'est qu'elles sont à
quelqu'un nécessaires ?
C'est que quelqu'un désire
qu'elles soient ?
C'est que quelqu'un dit perles
ces crachats ?
Et, forçant la bourrasque à midi des poussières,
il fonce jusqu'à Dieu,
craint d'arriver trop tard, pleure,
baise sa main noueuse, implore
il lui faut une étoile !
jure qu'il ne peut supporter
son martyre sans étoiles.

Ensuite,
il promène son angoisse,
il fait semblant d'être calme.
Il dit à quelqu'un :
" Maintenant, tu vas mieux,
n'est-ce pas ? T'as plus peur ? Dis ? "

Écoutez !
Puisqu'on allume les étoiles,
c'est qu'elles sont à quelqu'un nécessaires ?
c'est qu'il est indispensable,
que tous les soirs
au-dessus des toits
se mette à luire seule au moins
une étoile?

traduction Simone Pirez et Francis Combes





À vous toutes
que l’on aima et que l’on aime
icône à l’abri dans la grotte de l’âme
comme une coupe de vin
à la table d’un festin
je lève mon crâne rempli de poèmes
Souvent je me dis et si je mettais
le point d’une balle à ma propre fin
Aujourd’hui à tout hasard je donne
mon concert d’adieu
Mémoire !
Rassemble dans la salle du cerveau
les rangs innombrables des biens-aimées
verse le rire d’yeux en yeux
que de noces passées la nuit se pare
de corps et corps versez la joie
que nul ne puisse oublier cette nuit
Aujourd’hui je jouerai de la flûte sur
ma propre colonne vertébrale

Vladimir Maïakovski 1915
extrait de « La flûte des vertèbres »




Est-ce vous
Qui comprendrez pourquoi,
Serein,
Sous une tempête de sarcasmes,
Au dîner des années futures
J’apporte mon âme sur un plateau ?
Larme inutile coulant
De la joue mal rasée des places,
Je suis peut-être
Le dernier poète.
Vous avez vu
Comme se balance
Entre les allées de briques
Le visage strié de l’ennui pendu,
Tandis que sur le cou écumeux
Des rivières bondissantes,
Les ponts tordent leurs bras de pierre.
Le ciel pleure
Avec bruit,
Sans retenue,
Et le petit nuage
À au coin de la bouche,
Une grimace fripée,
Comme une femme dans l’attente d’un enfant
À qui dieu aurait jeté un idiot bancroche.
De ses doigts enflés couverts de poils roux, le soleil vous a épuisé de caresses, importun comme un bourdon.
Vos âmes sont asservies de baisers.
Moi, intrépide,
je porte aux siècles ma haine des rayons du jour ;
l’âme tendue comme un nerf de cuivre,
je suis l’empereur des lampes.
Venez à moi, vous tous qui avez déchiré le silence,
Qui hurlez,
Le cou serré dans les nœuds coulants de midi.
Mes paroles,
Simples comme un mugissement,
Vous révèleront
Nos âmes nouvelles,
Bourdonnantes
Comme l’arc électrique.
De mes doigts je n’ai qu’à toucher vos têtes,
Et il vous poussera
Des lèvres
Faites pour d’énormes baisers
Et une langue
Que tous les peuples comprendront.
Mais moi, avec mon âme boitillante,
Je m’en irai vers mon trône
Sous les voûtes usées, trouées d’étoiles.
Je m’allongerai,
Lumineux,
Revêtu de paresse,
Sur une couche moelleuse de vrai fumier,
Et doucement,
Baisant les genoux des traverses,
La roue d’une locomotive étreindra ton cou.





Si je croyais à l'outre-tombe...
Une promenade est facile.
Il suffit d'allonger le bras, –
la balle aussitôt
dans l'autre vie
tracera un chemin retentissant.
Que puis-je faire
si moi
de toutes mes forces
de tout mon cœur
en cette vie
en cet
univers
ai cru
crois.

Maïakovski, Cela, 1923






Au sommet de ma voix (1928-1930)
Derniers vers inachevés

1

Elle m’aime, elle ne m’aime pas
Je trie mes mains
Et j’ai cassé mes doigts.
Alors les premières têtes des marguerites
Secouées d’une chiquenaude
sont cueillies et sans doute
éparpillées en mai
que mes cheveux gris se révèlent
sous la coupe et la douche
que l’argent des années nous enserre éternellement !
honteuse sensation banale - sentiment que j’espère
que je jure
jamais elle ne reviendra vers moi.
****

2

C’est bientôt deux heures
Pas de doute tu dois déjà dormir
Dans la nuit
La voix lactée avec ses filigranes d’argent
Je ne suis pas pressé
Et rien en moi
Ne veille ni ne t’accable de télégrammes

***
3
La mer va pleurer
La mer va dormir
Comme ils disent.
L’incident s’est cassé la gueule.
Le bateau de l’amour de la vie
S’est brisé sur les rochers du quotidien trivial
Toi et moi sommes quittes ;
pas la peine de ressasser
Les injures de chacun
Les ennuis
Et les chagrins
****
4
Tu vois,
En ce monde tous ces sommeils paisibles,
La nuit doit au ciel
Avec ses constellations d’argent
En une si belle heure que celle-ci
Quelqu’un alors s élève et parle
Aux ères de l’histoire
Et à la création du monde.

***
5
Je connais le pouvoir des mots ; je connais le tocsin des mots
Ce n’est pas le genre que les boîtes applaudissent
De tels mots des cercueils peuvent jaillir de terre
Et iront s’étalant avec leurs quatre pieds en chêne ;
Parfois ils vous rejettent, pas de publication, pas d’édition.
Mais les mots sacro-saints qui vous étouffent continuent à galoper au dehors.
Vois comme le siècle nous cerne et tente de ramper
Pour lécher les mains calleuses de la poésie.
Je connais le pouvoir des mots. Comme broutilles qui tombent
Tels des pétales à côté de la piste de danse rehaussée.
Mais l’homme avec son âme, ses lèvres, ses os…

Adaptation personnelle




________________________________________

haut de la page

Bibliographie

À pleine voix : anthologie poétique 1915-1930, traduction Christian David, Gallimard, « Poésie », 2005.

Écoutez : si on allume les étoiles..., poésies choisies et traduites par Simone Pirez, Francis Combes, Pantin, Temps des cerises, 2005.

Anthologie, trad. Claude Frioux, Paris, Textuel, " L'œil du poète ", 2004, nouv. éd.

Le petit cheval de feu [1927], trad. Odile Belkeddar, ill. Flavio Costantini, Éd. Des Lires, 2003

Nuage en pantalon, suivi de Écoutez !, Une viole un peu nerveuse, et de Flûte en colonne vertébrale, L'Isle-Adam, Saint-Mont, 2001.

Le nuage en pantalon : tétraptique, trad. Vladimir Berelowitch, Paris, Mille et une nuits, « La petite collection « , 1998.

Vers : 1912-1930, éd. et trad. Claude Frioux, Paris, L'Harmattan, « Poètes des cinq continents » , 2001

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Re: Vladimir Maïakovski

Message  Llew le Lun 25 Juil - 14:46

MAÏAKOVSKI
Par Liliane Giraudon

07 avril 2011, 19h51 par Liliane Giraudon

Maïakovski c'est-à-dire Vladimir ou Volodia. 1893 année de «L’après midi d’un faune » naissance de Maïakovki en Géorgie. Maïakovski enfant caucasien. Ludmila et Olga les sœurs ainées de Maïakovski. La passion de Maïakovski pour les cartes, les dominos et le croquet. Konstantin le petit frère mort de Maïakovski. Maïakovski ambidextre. Le père de Maïakovski (conservateur des eaux et forêts et non garde forestier). Maïakovski fils. Le prénom de Maïakovski fils répétant celui du père. La mort (septicémie) du père de Maïakovski (il a douze ans). Maïakovski et la phobie de l’infection. Maïakovski jeune homme pauvre. Maïakovski et l’activisme politique. Maïakovski à Moscou. Maïakovski et le parti bolchevik. Maïakovski agitateur. Maïakovski emprisonné. Maïakovski admis à l’école de peinture en classe de dessin. Maïakovski un mètre quatre vingt un et non quatre vingt dix. Les longs cheveux de Maïakovski. Le feutre noir de l’étudiant Maïakovski. La dentition de Maïakovski « quand il parlait ou souriait, on ne voyait que quelques chicots bruns complètement cariés, plantés de travers comme des clous… ». Maïakovski fils d’arme de David Bourliouk père du futurisme. Maïakovski et les cartes. Maïakovski et le billard. Les cent cigarettes quotidiennes de Maïakovski. Maïakovski, David Bourliouk, Velimir Khlebnikov et Alexeï Kroutchonikh (une photo). Maïakovski futuriste. La blouse jaune de Maïakovski. Maïakovski amoureux. Maïakovski et Elsa. Maïakovski et Lili. Maïakovski et Ossip Brik. Maïakovski publiant : «Sur les différents Maïakovki ». Ossip Brik éditeur de Maïakovski. Maïakovski « homme – non, mais nuage en pantalons ». Maïakovski intitulant sa première pièce de théâtre « Vladimir Maïakovski ». Maïakovski dédoubleur. Maïakovski en treizième apôtre. Maïakovski et les louboks. Maïakovski et la guerre. Maïakovski change ses dents. Maïakovski et les deux sœurs. Maïakovski et le suicide « le cœur aspire au révolver / au rasoir la gorge rêve ». Maïakovski boit du cognac et joue au billard avec Jakobson. Maïakovski et Gorki. Maïakovski et la révolution de février. Maïakovski et la révolution d’octobre. Maïakovski et la chronologie. Maïakovski et le relativisme moral. La prestance Maïakovski. Maïakovski au café des poètes à Moscou « Le futurisme a la cote ». Maïakovski et l’anarcho-socialisme. Maïakovski et l’avant-garde artistique. Maïakovski et l’avant-garde politique. Maïakovski en petit chien. Maïakovski à Lili « Pourquoi ne m’écris-tu pas un seul mot…pas de ça mon enfant. Cela ne te va pas au teint ! Ecris, je t’en prie ... ». Maïakovski et le cinéma « Ayant connaissance de la technique du cinéma j’ai fait un scénario qui se plaçait à côté de notre travail novateur en littérature ». Maïakovski scénariste (il adapte « Martin Eden » de Jack London). Maïakovski acteur. L’endurance phénoménale de Maïakovski « Le poète doit manier son matériau avec le même savoir-faire que le soudeur d’acier ». Maïakovski et le théâtre. Maïakovski et Meyerhold. Maïakovski et Malevitch. Maïakovski dessinant les fenêtres Rosta. Maïakovski publiant sans nom d’auteur « 150000000 est le nom de l’artisan de ce poème ». Lénine contre Maïakovski : « Sottises, c’est stupide, stupidité et prétention crasses ». Maïakovski et Akhmatova. Maïakovski et Blok. Maïakovski essaie de publier à Prague avec l’aide de Jakobson. Maïakovski veut partir en extrême orient rejoindre ses camarades futuristes. Maïakovski désirant se faire expédier par Lili (qui se trouve à Riga) une baignoire pliable en caoutchouc. Maïakovski et Kroutchonik et Kamenski et Khlebnikov. Maïakovski à l’hôtel Bellevue de Riga. Maïakovski passant ses étés à Pouchkino (pain frais et œufs au plat servis sur la véranda). Maïakovski et les champignons. Maïakovski et les rasoirs. Jakobson écrivant de Prague à Maïakovski « Aujourd’hui tu en as pris pour ton grade dans le journal du gouvernement. L’expression la plus douce est crevure ». Maïakovski à Berlin. Maïakovski à Berlin au café Leon. Maïakovski à Berlin s’enfermant dans sa chambre d’hôtel pour y jouer aux cartes « Volodia était un joueur obsessionnel, il jouait sans cesse et à tout propos, aux cartes, au mah-jong, au billard, à des jeux inventés…». Maïakovski à Paris, assistant à l’enterrement de Marcel Proust. Maïakovski en septembre 22 glorifiant la Tcheka. Maïakovski dédiant un poème au chef de la section secrète de la Guépéou. Maïakovski publiant dans un magazine humoristique un appel à l’espionnage. Maïakovski obéissant aux mots d’ordre. Maïakovski conférencier «Que fait Paris ? » « Que fait Berlin ? ». Maïakovski illustré par Rodchenko. Maïakovski en ours sanglotant. Maïakovski et Oscar Wilde. Maïakovski et Dostoïevski. Maïakovski et Raskolnikov. Maïakovski et la revue LEF. Maïakovski et Trétiakov et Eisenstein et Vertov. Maïakovski écrit une ode aux mineurs de Koursk. Maïakovski composant dans sa tête et en marchant « Voilà pourquoi j’ai plus avancé mon poème sur Essenine pendant le court chemin qui sépare le passage de la Loubianka et la rue Mianistskaia que pendant tout mon voyage… ». Maïakovski et Barbara Stepanova. Maïakovki et Heine. Maïakovski et la théorie de la relativité. Maïakovski à Königsberg (il y plume aux cartes un riche émigrant qui avait sorti de Sibérie du platine en quantités colossales). Maïakovski et les voyages « voyager est un besoin pour moi, le commerce avec les choses vivantes remplace presque pour moi la lecture des livres ». Maïakovski pleurant à l’enterrement de Lénine. Maïakovski rédigeant un Requiem de 3000 vers « Vladimir Ilitch Lénine » dédié au Parti Communiste russe. Maïakovski et le terrier Scotty. Maïakovski à l’hôtel Istria à Montparnasse. Vladimir Pozner devant les chaussures de Maïakovski « J’examine. Maïakovski chausse du 46 ! ». Maïakovski et Picasso. Maïakovski et Delaunay. Maïakovski visite Paris avec Fernand Léger. Maïakovski se fait faire des chemises place Vendôme. Maïakovski flambeur. Maïakovski : « Je hais tout ce qui est mort. J’aime tout ce qui vit ». La lettre sur le futurisme adressée à Trotski est de Maïakovski. Le rire rare de Maïakovski. Maïakovski agitateur. Maïakovski double jeu. Maïakovski et le tocsin des mots. Maïakovski à l’exposition universelle de Paris « L’exposition est d’un ennui et d’une inutilité extrême ». Maïakovski embarque pour le Mexique à bord du paquebot Espagne. « Je n’ai appris à parler ni le français ni l’espagnol par contre, j’ai travaillé ma mimique étant donné que c’est mon seul moyen d’expression…». Maïakovski à New-York, Cleveland, Detroit, Chicago, Philadelphie et Pittsburg. Maïakovski retrouve Bourliouk. Maïakovski et Elly Jones. Maïakovski le matin sur la Cinquième Avenue et le soir sur Broadway. Maïakovski au Negro Club de Harlem. Maïakovski fait publier une traduction yiddish de certains de ses poèmes. Maïakovski, Elly Jones et les myosotis (Forget-me-not). Maïakovski et la performance. Maïakovski et la commande sociale. Maïakovski ambivalent. Maïakovski et le roman. Le roman que Maïakovski dit vouloir écrire et n’écrit pas « Je l’avais fini dans ma tête…mais je ne l’ai pas couché sur le papier parce que au fur et à mesure que je l’écrivais je prenais en haine tout ce qui est fiction ». Impatient, Maïakovski ne mange que du poisson sans arête. Maïakovski bat la mesure avec sa canne. Maïakovski écrit et dessine sur les nappes. Maïakovski retrouve Lili à Berlin. Les cadeaux déposés par Maïakovski dans la chambre de Lili à Berlin : énormes bouquets, fleurs en pots, arbre couvert de camélias, jouets en bois, oiseaux en vraies plumes, tapis multicolores, boites de cigarettes de diverses couleurs provenant de La Havane, fer à repasser pliable… Lili offre à Maïakovski un éléphant iranien incrusté de bronze et le bouledogue Boulka. Les photos de Maïakovski tenant Boulka entre ses bras ou sur ses genoux. Maïkovski et le suicide d’Essenine. Maïakovski faisant faire un détour à son taxi pour éviter la vue de l’hôtel « Angleterre » où s’est suicidé Essenine. Le poème de Maïakovski « à Serge Essenine ». Les 9 scénarios écrits par Maïakovski. La petite fille de Maïakovski et d’Elly Jones. Les tournées de Maïakovski « Je voyage comme un dément ». La durée des lectures de Maïakovski : minimum trois heures. En 1927 Maïakovski absent de Moscou 181 jours. Maïakovski horrible travailleur. La querelle Maïakovski/Gorki « Maïakovski a toujours été un voyou et il semble bien qu’il le restera jusqu’à sa mort ». Maïakovski à nouveau à Varsovie, à Prague, Berlin et Paris. Maïakovski joue au ping-pong avec Koulechov. Maïakovski joue au mah-jong dix sept heures d’affilée. Maïakovski persistant à écrire et dessiner sur les nappes. Maïakovski non membre du Parti. Maïakovski amoureux (encore une fois). Maïakovski et Natacha Brioukhanenko « Je ne veux pas que vous vous souveniez d’avoir eu un bouquet, mais un kiosque entier de roses, et toute l’eau de Cologne de Yalta ! ». Lili écrivant à Maïakovski « Nous sommes mariés tous les trois et nous marier davantage serait une faute ». Maïakovski tente d’intéresser René Clair à un scénario sur lequel il travaille. Maïakovski télégraphiant à Lili « Achète Renault. Bel engin à robe grise. Conduite intérieure 6CV 4 cylindres.». A Nice Maïakovski voit sa fille pour la première fois. Maïakovski et sa « Lettre à Tatiana Iakovleva » qui ne sera pas publiée du vivant de Maïakovski. « Je n’aime pas du tout être sans toi ». Maïakovski et le télégraphe. « La punaise » de Maïakovski est monté par Meyerhold. Maïakovski voit son premier film parlant. Maïakovski ne boit pas de vodka (seulement vin, champagne ou cognac). Les bottillons de Maïakovski. Les ferrures aux semelles des bottillons de Maïakovski « Elles dureront pour l’éternité ». Le stylo réservoir de Maïakovski (il l’adore). Maïakovski armé (coup de poing américain). Le pistolet automatique offert à Maïakovski par un ami tchékiste. Maïakovski se heurte à une interdiction de voyager. Maïakovski et Tsvetaïeva « Ses jambes rapides ont emporté Maïakovski bien loin, au-delà de notre époque, et longtemps encore, il nous attendra quelque part au tournant ». Maïakovski lit « Les bains » au Théâtre de Meyerhold qui est enthousiaste (fiasco total de la première à Leningrad). Exposition rétrospective « Tout ce que Vladimir Maïakovski a écrit (1909-1929) » boycottée par les écrivains, les hauts fonctionnaires du parti et la presse. Maïakovski quitte le Lef pour l’Association des Ecrivains Prolétariens. Maïakovski malade et inquiet « Perdre ma voix est pour moi aussi grave que pour Chaliapine ». La voix de Maïakovski. Le public de Maïakovski. Maïakovski et le prolétariat « La compréhension des masses est le résultat de notre lutte et non la chemise dans laquelle naissent les livres prédestinés d’un quelconque génie littéraire. Il faut savoir organiser la compréhension d’un livre ». Maïakovski censuré (la revue « Presse et Révolution » fait arracher sur ses 5000 exemplaires une page qui lui rendait hommage…). Maïakovski et Nora. Les derniers jours de Maïakovski. Le 14 mars 1930, Maïakovski se tire une balle (pistolet automatique de marque Mauser). « Maman, mes sœurs et camarades, pardon -- ce n’est pas une bonne méthode (je ne la conseille à personne) – mais je n’ai pas d’autre issue…. ». De Berlin, Lili et Ossip envoient à Maïakovski une carte postale et achètent pour lui une canne et une boite de cigares. L’extraction du cerveau de Maïakovski emporté dans une bassine recouverte d’un drap blanc « C’était vraiment un gros cerveau…1700 grammes. 360 grammes de plus que Lénine.»


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