l'inconsistance de certaines nuits

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l'inconsistance de certaines nuits

Message  irojin le Mer 27 Juil - 19:30

Nous sommes au beau milieu de la nuit et ma femme quitte le lit. Je joue la comédie la plus vieille du monde, je fais semblant de dormir. Quelque chose m'ennuie, je sais parfaitement qu'elle ne s'en va pas rejoindre un autre. Je le sais parfaitement, enfin... disons qu'entre la première et la dernière lettre de ce mot s'installe le très faible pourcentage accordé au doute. J'ai confiance en elle et puis nous vivons un peu loin de tout. Pour me tenir tranquille, j'ai presque besoin de me dire ça à haute voix comme un sortilège. Ça ne suffit pas à me replonger dans ma nuit. Me voilà humain une fois encore, déçu, comme si un bon bouquin de psycho était parvenu à me faire espérer un peu plus que ça (et puis, le cinéma a fait une grande partie de mon éducation). Ma montre, achetée si cher, est rangée dans son coffret, de toutes façons elle ne me servirait à rien dans le noir, comme un frigo plein en notre absence.
Je ne sais pas ce que c'est, le silence à pris une telle place dans la chambre que je m'entends respirer. J'ai la bouche ouverte, mes yeux font le grand tour, mais les mains que je leur présente pourraient être celles d'un autre tant la peinture est sombre. Je suis immobile à l'affut du moindre craquement d'un parquet trop sec sous des pieds moites. Je serais un mauvais flic, je pense, car je ne vois aucun indice pour la confondre, si méfait il y a. Je n'ose même plus ouvrir les yeux espérant que la privation de ce sens affute d'avantage mon audition. Il s'est passé un court instant, ou l'univers tout entier trouverait le temps de changer de chemise et de chaussettes.
Depuis combien de temps est-elle parti? Juste assez pour nourrir et caresser son chien qui à mon sens tient une trop grande place son cœur, ou plus longtemps que ça, assez pour n'importe quoi d'autre, que le faible pourcentage augmente dangereusement, me maintenant éveillé jusqu'à son retour, toute la nuit s'il le faut. Après le silence c'est autre chose, comme le son d'une lointaine fuite de gaz, les résidus d'un sifflement, je suis un peu étourdi par le vide. Je suis tellement appliqué à ce que je fais, que cela parvient à me faire oublier le ridicule de ma démarche. Plus j'essaie de me convaincre de me rendormir, plus la position de mon corps me paraît inconfortable pour trouver le sommeil.
J'étends ses pas, on ne peut pas dire qu'elle fasse tout pour être silencieuse, comme si elle savait que je ne dormais pas.
À son retour, elle m'effleure le thorax et avec l'habileté qui est la sienne, elle en vient à me questionner sur mes anciennes maitresses. Elle espère peut-être que la fatigue agisse sur moi comme un sérum de vérité. Ça lui arrive parfois d'aborder ce thème, sans raison apparente. Ça n'est pas mon sujet de prédilection. Personne n'aime se sentir comparé, et elle encore moins que les autres peut-être. À cette heure-ci, je dois me concentrer pour éviter les mots qui pourraient blesser. Je lui dis que depuis longtemps déjà, elles n'ont plus de nom, ni de visage, simplement de vagues silhouettes dans lesquelles je les confonds toutes. Rien d'érotique de cette image, juste l'idée que je n'ai rien fait pour les garder près de moi. Je me rappelle une longue chevelure brune cachant une nuque pale, comme un vêtement neuf et c'est à peu près tout. Les voies, les expressions ont disparu, pas d'anecdote, ni l'envie de s'en souvenir. Je n'aime pas parler de ça, nous ne somme pas assez amis pour qu'elle puisse tout entendre sans que notre intimité s'en ressente. J'ai presque envie de quitter le lit à mon tour sous prétexte que cette discussion m'indispose, mais je ne suis pas dans les manières, au contraire mon éducation libre m'empêche toute mise-en-scène. Je n'aime pas tellement les cérémonies. J'aime quand les choses sont dites.
J'ai un peu chaud, mon corps s'était habitué à la température de la pièce en son absence. Je ne lui dis pas que ça me tracassait un peu. Je lui dis que je l'aime. Je lui dis que peu importe le temps, peu importe mon age, ma jeunesse toute entière réside dans le tout petit souffle régulier qu'elle offre à mon oreille en dormant près des moi. Alors tant que nous sommes ensemble, je ne vieillis pas.
Elle me répond par une étreinte.
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