C'était une fois...une médecin en herbe.

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C'était une fois...une médecin en herbe.

Message  Coquille le Mer 27 Juil - 17:49

Pressée comme une élève qui s’attendait au son de la cloche pour aller savourer sa récréation, elle ne cessait pas de jeter des regards fugitifs à sa montre, avec une fréquence rivalisant avec la vitesse des aiguilles, elle croyait toujours aux miracles, personne ne savait si par le grand des hasards, ces aiguilles acceptèrent le défi lancé par ses yeux et augmentèrent leur vitesse pour sauver leur honneur…elle fit un dernier regard discret vers sa montre…mais quelle décevante lenteur!!

Il n’y'avait absolument rien d’intéressant à l’extérieur, elle n’avait pas de projets pour l’après midi, mise à part ses négociations entre elle et elle même : est ce qu’elle devrait assister à ses cours magistraux à la fac avec un risque énorme de gerber après un quart d’heure du début du cours, que finissait comme d’habitude par une sieste en plein amphi ou une fuite vers la buvette, ou rester chez elle avec tout ce que ce grand geste impliquait de franchise vers soi même…et de courage en quelque sorte.

Elle jeta un regard vers la femme allongée sur le lit en face d’elle : née en 1941, originaire et habitante à Taounat, femme au foyer, bas niveau socio économique, sans antécédent médicaux, une césarienne ça fait une éternité pour faire accoucher un naissant mort in utéro, c’était sa première et dernière grossesse…la femme pleura en rapportant cette histoire, elle accusait sa belle soeur d’être la cause de la mort de son fils, et d’être la cause de sa stérilité, la jeune stagiaire n’étant pas très douée dans l’argumentation rationnelle surtout en s’adressant à une dame analphabète aussi âgée, pleurant en plus, ne pouvait que se réfugier à l’argumentation spirituelle et religieuse, étant tout aussi valable : » c’est la volonté d’Allah Madame » !

Ce qui était étonnant chez cette dame hospitalisée dans le service d’urologie pour une tumeur maligne de vessie était ce fait de pouvoir ne pas trop y penser, pleurer pour ne pas avoir pu faire des bébés alors qu’elle souffrait d’un cancer vésical, avec tout ce que ceci signifiait de la galère avec les symptômes « organiques » à l’atteinte du narcissisme et la limitation d’autonomie…Peut être, elle croyait que la présence de fils et filles, rendraient sa vieillesse plus paisible, et sa guerre contre la maladie plus facile; l’ingratitude des dernières générations, et leur rancune vis à vis l’autorité de leurs parents auraient pu rendre sa vieillesse encore plus insupportable, pensa-t-elle, elle n’était sûrement pas la seule à y penser, se rassura-t-elle…

Elle ramassa rapidement son observation médicale et son polycopié d’urologie, mit les bilans à l’intérieur du dossier médical que plaça sous son bras gauche enfila son sac sur son épaule droite, salua la dame à moitié endormie, et fila au bout de ses orteils ne comprenant pas toujours pourquoi mettait-elle des talons alors qu’elle ne les trouvait pas commodes du tout, surtout dans un hôpital.

Elle parcourut le couloir toujours en évitant de produire le moindre bruit et en étant consciente qu’on pourrait bien la prendre pour une handicapée en marchant de cette façon…elle sourit au médecin aux quatre yeux à l’accueil, posa le dossier entre ses similaires, et chercha son chemin vers le bureau de la secrétaire du chef de service pour réaliser le geste le plus mineur et humiliant qu’on pouvait faire à l’intérieur d’un hosto : Signer la sortie…drôlement elle se plaignait à chaque fois elle regardait la secrétaire qui avait son même âge lui présentant la liste pour signer, ayant son propre bureau, un bon salaire, et une vie d’adulte, alors qu’elle, la mineure stagiaire, menait une vie misérable d’étudiante, et devait se présenter chaque matin dans le bureau de cette gonzesse pour signer l’entrée et la sortie, et c’est pas rancunier…

« Il me reste beaucoup pour grandir » pensa-t-elle.

Cinq minutes après, elle se trouva en dehors de ce gigantesque rassemblement de bâtiments, essoufflée tel un petit animal traqué…elle contempla cet endroit bizarre, qu’une fois dedans, elle sentit comme si toute l’humanité était malade, que toutes les pathologies que l’on prétendait rares au cours des cours théoriques à la faculté deviendront fréquentes et usuelles; Elle tourna son dos à la place où elle se sentait princesse aux yeux des patients grâce à sa bonne santé et son tablier blanc, et continua de marcher dans ce vrai monde qui courait d’une vitesse hallucinante, la précédant de plusieurs années, certaine qu’avec sa vitesse de tortue, elle ne saurait jamais l’attraper…et d’une princesse -aux-yeux-des- patients à l’hosto, elle se convertit en ce qu’elle était réellement: elle même, et ceci était absolument loin de ressembler à une princesse…

Elle devait hâter pour ne pas rater son bus, l’unique et orphelin bus qui passait à cette heure près de son lieu de stage et qui pouvait la ramener chez elle…et ce jour là, malgré tous ses essais sérieux pour sortir à temps, il était parti sans être honoré par sa présence sur son dos…tant pis! elle devait donc penser à chercher un taxi, mais dans cette ville, avec toutes ses bizarreries qui faisaient son charme, les chauffeurs de taxis deviendront les premiers ennemis des non-motorisés tellement les trouver facilement était une mission impossible, satanés de chauffeurs de taxis,à côté bien sûr des cambrioleurs trop galants qui, de façon sensuelle étaient habitués de tenir les bras des victimes, les entourer tendrement pour les empêcher à « grimacer » à un passager un « SOS »; un couteau posé suavement sur le flanc, et séduites, les victimes cédèrent leurs sacs sans réfléchir…Ce genre de scènes se répétait de façon terriblement fréquente.

Cinq minutes après, elle se réveilla de son absence, et décida de ne pas retourner chez elle, et de rester déjeuner à la buvette de la faculté située de pas très loin de son centre de stage!

En entrant à la buvette, elle se dirigea sagement vers le Monsieur quinquagénaire pour commander un sandwich et une bouteille de boisson gazeuse, puis elle s’ installa sur une table miraculeusement disponible à cette période de la journée, et c’était seulement à cet instant qu’elle avait pris goût à voyager par ses yeux dans les différents coins de cet endroit, de faire le tour de toutes les tables, c’était bizarre comme elle arrivait à reconnaître la plupart des visages; Tous le monde bouffait machinalement, chacun son histoire, chacun son présent, chacun ses préoccupations…et drôlement elle avait aussi des renseignements sur certaines personnes là bas, comme en faculté de médecine, on développait avec le temps un sens raffiné d’observation et de partage d’informations, enfin, elle ignorait toujours si c’était vraiment lié aux études médicales, ou plutôt c’était culture de tout un pays …l’observation!

C’était moche d’être obligée de saluer les passagers de ses connaissances qui traversaient la buvettes tout en continuant de manger, sourire en mâchant, et surtout finir son repas avant qu’elle soit dérangée par un arrivé qui voudrait partager la table avec elle tellement l’endroit était petit et les places étaient limitées; C’était très naturel qu’elle aie une dyspepsie toujours après chaque déjeuner, et si on comptait la fréquence de ses déjeuners à ce même endroit, on saurait qu’elle était une dyspepsique chronique!

Ennuyée, elle jeta un regard vers sa montre, elle restait encore une heure pour le début du cours, elle continua à contempler sa montre comme si elle était l’invention la plus curieuse, ou l’endroit le plus merveilleux dans le désert où elle se trouvait, assise sur un banc en face des terrains de la fac, seule et pensive, et particulièrement « profondément » pensive ce jour là, c’était d’ailleurs la seule particularité de ce jour qui ressemblait pathétiquement à la plupart de ses journée depuis ce qu’elle a entamé ses études universitaires. Cette étape de sa vie qui n’était guerre semblable a ce qu’elle songeait être: la transformation en une adulte, réfléchie, studieuse et travailleuse, et active et productrice…elle était certainement adulte mais qu’en âge, et le reste des qualités tenait apparemment à ne pas franchir les frontières des rêves… »Etre seul c’est être mal accompagné » et c’était absolument vrai dans son cas, se disait-elle en hochant la tête comme si elle voulait chasser ces idées pessimistes et dévalorisantes que son ennui était en train d’accoucher vertigineusement.

Elle leva les yeux à la recherche d’une bonne compagnie qui pourra la débarrasser de sa propre compagnie, » l’auto-critique c’est bien, mais il faut qu’il soit rentable » pensa-t-elle, elle pratiquait cette manie depuis quatre ans, et ceci n’était qu’une sorte d’auto-torture, et un instrument pour moudre son narcissisme…sans merci.

Une bande d’amies de stage apparut, et elle n’hésita pas d’aller s’y dissoudre et reprendre son rôle de l’étudiante souffrant de rien.

(…)

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